LILI DROP - N - Chronique album - Rock et Folk mars 82

ROCK ET FOLK n°182 / mars 1982 (Rubrique chronique de disques)

 

 

 

LILI DROP  

'N'

(Arabella. Eurodisc 203-312)

 

Il avait mal Olive. Il allait crever et on s’en foutait. Il crevait à en gueuler qu’il allait crever et ça intéressait qui ? Mais il gueulait pas. Il aurait peut-être dû, mais il ne l’a pas fait, il devait se douter que pas grand monde en avait quelque chose à foutre. Qu’est-ce qu’on en a à foutre qu’Olive crève ? Olive ? Le mec de Lili Drop ?? Rien à foutre, s’pas ? Ben pas moi.

« Pourquoi t’amoches ta caboche d’enfant ».

C’était comme un cassage de gueule, cette histoire. En beauté, consciencieux. Profond. Voyez ? Korin s’est même tirée du groupe. Elle croyait qu’elle allait crever. Tronche d’Olive… vous imaginez ça ? Sa bande qui se débandait ! Alors il s’est remis à bosser. Il a écrit. Des textes qui parlent de plus en plus de solitude. Pas exactement comme ce qu’en dit Kent. Plutôt comme un gamin paumé largué déphasé abandonné écrabouillé. Le môme a délaté sa mob en dérapant salement. C’est comme s’il avait gambergé deux mois sur un lit d’hosto. L’aurait dû mettre un casque.

« T’es puni / Puni pour bêtise ».

Je comprends qu’on n’aime pas Lili Drop. Faut oser l’émotion. Et la tendresse. Et la pudeur. Sans retenue. Y’a des gens, pour eux, ce truc-là c’est pire que l’urticaire. Ils supportent pas. Peut-être que ça les met à nu, peut-être que ça fait gonzesse… imaginez-vous ça ? Le môme, il chiale parce que sa nénette l’a largué ! Le con ! Il chiale parce qu’il est tout seul ! Hé, camé, va ! Où t’as mis tes couilles ? Ça les ennuie, l’émotion. Lili Drop est le rock le plus anti-beauf qui existe chez nous. Ça a de quoi mettre mal à l’aise.

« C’est la faute aux coquillages / Alors goût amer ».

Chaque texte est un mirage sous soleil noir. Tout est bâti autour d’un mot, du jeu des mots et de leur absurde (signifiant / signifié, il aime bien). Et c’est aussi son jeu de guitare. Il ne se perd plus dans le solo bla-bla, le voilà qui plonge dans le riff à vif et la note choc, l’accord senti et les harmonies paniques. Quelque part (comme on dit), quelque part c’est d’une violence inouïe.

« Gâterie d’amertume ».

Lili Drop vient de sortir son second disque et c’est un disque merveilleux, mais il est plus que probable que vous n’en ayez rien à foutre, puisque c’est Lili Drop et que c’est pas très classy d’être fan de Lili. J’ai pas parlé de la production, du travail des Ruts avec eux, des hits probables et du kit complet de la chronique logique. Pas grave.

L’essentiel est que vous commenciez à vous dire que, parce que vous voulez rester classy et parce que c’est Lili Drop, vous allez passer à côté de quelque chose d’assez foutrement bien.

 

CHRISTOPHE NICK

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