INTERVIEW LOVLIV (OLIVE)

Interview de LOVLIV réalisée le 5 juin 2005 par Jean-François JACQ

 

 

juin 2005 (crédit photo Lionel Lumbroso)


 

Le fait de jouer de la guitare, c’est venu d’où ? Cela est venu de quelqu’un ou est-ce quelque chose de totalement personnel ?

La guitare en fait, c’était des amis de mes parents ; nous, on habitait à Bagatelle, à Neuilly, sur les bords de seine et en fait il y avait une copine de ma mère – ma mère était étalagiste décoratrice chez Hermès – qui vivait avec un monsieur sur une péniche. On allait souvent chez eux le week-end, et il y avait des tas de choses intéressantes sur cette péniche ; il y avait des guitares, et même des carabines et on tirait sur les canards ; ce monsieur avait une guitare flamenco, genre Django Reinhardt, et il m’a dit : si ça te branche je te la donne la guitare…

Et tu as appris à en jouer tout seul ?

Alors oui j’ai commencé tout seul ; en même temps ma mère qui savait jouer du piano, tout comme ma grand-mère, me donnait des cours de piano, et elle a vu que la guitare ça me plaisait bien, et du coup la meilleure copine de ma sœur a commencé à me donner des cours de guitare, mais ce qu’on ne m’a jamais expliqué c’est que moi je suis un gaucher contrarié, je jouais sur des guitares de droitier, j’ai appris à jouer de cette manière et j’ai toujours joué comme cela.  

Tes premiers souvenirs musicaux ?

J’avais dix, douze ans, et les cactus, joe dassin, I can get no satisfaction, les Beatles…

Ensuite le concert des Who en 1970, donc un évènement marquant ?

Jean-louis Aubert habitait le même pâté de maisons que moi ; on se connaissait de vue depuis l’âge de huit ans mais on ne se fréquentait pas encore ; je l’ai retrouvé chez les scouts, quand j’allais passer ma promesse pour être pionner et il m’a dit qu’il jouait de la guitare de son côté, il m’a montré des plans, what I say de Ray Charles et d’autres plans, et on est devenu copains, on était dans la même patrouille scout ; à vrai dire je ne sais plus du tout comment on a été voir ce concert des Who, je me rappelle que ce concert a été un déclencheur, et qu’on a vraiment flashé ; c’était au théâtre des Champs Elysées et tout le monde était assis, et il y avait la fosse à orchestre, et nous les deux gamins dans cette fosse…

Le lycée à cette époque, c’est quelque chose que tu as voulu très vite arrêté ?

En fait je me suis fait viré ; déjà l’école je n’aimais pas ça ; j’ai été à l’école du commandant Charcot, tu sais là où il y a un mec qui a mis une bombe, HB, en fait c’était mon école communal et ensuite je suis rentré au lycée Pasteur en 1966, à l’époque je ne fréquentais pas Jean-Louis, il faisait moderne et moi classique, latin, grec ; c’était l’horreur, j’étais très mauvais en latin, en grec je ne t’en parle même pas, et en plus je me suis fait piquer avec des bouquins pornos par la prof de français, alors ils m’ont fait redoublé ma sixième ; en 67 je passe à l’essai en cinquième, et puis c’est 68…

68, tu étais très jeune ; tu as vécu ça comment ?

T’avais pleins de bandes, en plus j’allais en manif, et puis c’était l’émeute dans le lycée, on en profitait pour se marrer ; En fait à cette époque il n’y avait que les cours de théâtre qui m’intéressait ; il y avait une salle de spectacle pour le théâtre et nous on avait fait l’avare et moi je faisais Arpagon : au voleur ! Le reste, en fait, je séchais tous les cours, alors forcément je me suis fait virer à la fin de mon année 68 de lycée. Parallèlement c’est là, entre 67 et 68 que je suis devenu copain avec Jean–Louis via mon activité de scout hors du lycée.

Le premier groupe, Masturbation, avec Jean-Louis et Max, c’est dans la foulée ?

Oui, en fait en 69 j’ai rencontré Max dans ma nouvelle école, c’était vachement bien, l’après 68, nous on utilisait les locaux des scouts pour répéter, et ça c’est mal fini parce que j’avais piqué des bouteilles de champagne, on avait tout picolé, ça avait fait un gros scandale, fallait voir le truc, avec nos libidos avenantes, on se regardait dans la glace, avec pour ambition de foutre le bordel et pour l’anecdote, il se trouve qu’il y avait Antoine de Caunes à Pasteur aussi, et Thierry Lhermitte qui avait une histoire avec ma sœur – il y avait des clash avec ces mecs-là qui avait un ou deux ans de plus que nous – et Antoine nous dit qu’il avait une batterie, et que pour son anniversaire on va faire un truc chez lui, donc on était venu avec mon ampli, la guitare de Jean-Louis, l’ampli que j’avais branché dans la salle de bain et je me suis électrocuté ; donc, notre premier désir de faire une prestation, avec Jean-Louis et Max, c’était chez les parents d’Antoine.

Entre 70 et 74, avant le voyage aux Etats-Unis avec Jean-Louis, que se passe-t-il ?

En 1970 je suis rentré dans la vie active, je suis devenu coursier, j’ai pris de l’acide, du payol, je suis parti au Maroc, j’ai fait ma vie, quoi. Jean-Louis était encore chez ses parents qui après lui ont pris une chambre de bonne ; je n’habitais plus Neuilly mais je venais régulièrement voir Jean-Louis qui lui était en bac C ; et Jean-Louis, je lui ai fait fumé son premier pétard, je lui ai dit : tu vas voir c’est génial, et tout… moi, à quinze ans je me suis retrouvé dans des communautés, Formentera, la petite île à côté d’Ibiza, j’ai connu Valérie Lagrange, Higelin, toute cette bande-là, c’était hyper important pour moi, j’étais dans la vie des hippies, tout ce mouvement, aussi bien littéraire, des communautés se montaient et on partait en Ardèche, au Maroc, faire les premiers festivals, j’ai été percussionniste pour Valérie Lagrange, je dormais dans la même chambre qu’elle, et j’hallucinais sur sa beauté…

Et ensuite, donc, le voyage aux Etats-Unis, en 1974…

Donc Jean-Louis s’est fait viré de Pasteur, il s’est retrouvé à Carnot dans le 17ème, avec cette volonté farouche de jouer de la guitare, de faire un groupe et tout ça alors que moi j’étais en plein dans la vie active, Jean-Louis a eu son bac, moi le grand amour que j’ai eu de 70 à 74, on s’est séparé, il se trouve que j’avais un peu de blé parce que j’avais travaillé, Jean-Louis rencontre à Carnot Louis Bertignac et ils avaient décidé de faire un voyage aux Etats-Unis, pour essayer d’aller voir la culture qu’on adorait, Neil Young, Jefferson ; en fait ils devaient partir à trois, Jean-Louis, Louis et un autre ami, Lionel Lumbroso, et finalement Jean-Louis me propose de partir avec lui tandis que Louis et Lionel y vont de leur côté ; j’ai dit banco, on a pas pris le même avion, on s’est retrouvé à new York je ne sais plus comment, on a fait deux équipes pour aller en stop de New York à San Francisco, on faisait la route de Kerouac, de motel en motel, j’étais parti avec le livre, sur la route, j’étais le seul à le connaître avec ma culture hippie, et franchement je pense que tout le côté contre-culture, c’est moi qui est apporté ce truc au sein de téléphone, après il y a eu François (Ravard, le futur manager de Téléphone) mais là on brûle les étapes. En fait quand j’étais aux Etats-Unis, j’habitais Auckland, et puis Jean-Louis est parti à Los Angeles, il avait plus de blé, il pouvait plus m’aider, alors donc j’ai trouvé du boulot et je me suis retrouvé dans une communauté, à Auckland ; les Etats-Unis ça me plaisait vachement et je cherchais à me marier, à avoir le Green Card, Jean-Louis est finalement rentré, moi j’avais un billet un peu plus open que lui, alors je continuais à essayer de brancher les femmes, est-ce que tu veux te marier avec moi, mais ça na n’a pas marché, en plus de ça je chope la gale alors j’en ai eu marre et je me suis dit que je n’y arriverais jamais, et je suis rentré en France.      

Et tu as repris tes études ?

D’abord j’ai été vivre chez un copain et une copine mais c’était le bordel et comme en plus j’avais la gale je me suis retrouvé à la rue et mes parents m’ont dit : tu passes ton bac et on te loge ; j’avais coupé les ponts depuis mes 15 ans et demi, j’avais arrêté l’école en quatrième, en plus j’avais rien foutu cette année-là et je me suis retrouvé en deuxième trimestre de seconde, sans rien connaître au truc sauf que je parlais super bien anglais, et j’ai passé mon bac français, j’ai eu 14 à l’écrit et 17 à l’oral ; à l’époque, je suis passé en terminale à Edgar Poe, qui se trouvait sur les grands boulevards, près du théâtre du gymnase et là j’ai rencontré un mec, au début on pouvait pas se saquer, avec ses pataugas, un pull bleu marine et tout ça, c’était François Ravard et on est devenu les meilleurs potes du monde parce qu’il était plus âgé que ses débiles qui se trouvait dans cette boite à bac et que lui, il avait fait les squats en Angleterre, il avait une grosse culture cinématographique et donc, je lui ai présenté Jean-Louis qui était déjà en musicologie à Vincennes. Il se trouve que le père de François était un publiciste connu, il avait fait « on a toujours un petit pois chez soi » ; il avait pris sa retraite et acheté une maison dans le Périgord, par contre il avait besoin d’être une semaine de temps à autre sur Paris, et il avait pris un appartement de 100m² dans le 16ème et il nous avait dit : vous me garder une chambre et vous pouvez loger, et en fait c’est là qu’on a vraiment commencé à répéter ; on faisait des morceaux ensemble, j’avais des trucs à moi, tout le monde apportait, on allait tout le temps à la cinémathèque puisqu’on était à côté, on allait faire du skate à Trocadéro, on allait voir tous les concerts et puis voilà, petit à petit une ébullition, Louis aussi qui venait, il y avait cette maison communautaire à Saint-Cloud où on allait tout le temps parce que Louis habitait dans cette maison, et Corinne aussi (Marienneau, bassiste de Téléphone), Louis était avec Corinne en fait.

Tout ça nous ramène en 1976, les prémisses de Téléphone. Par rapport à l’aventure Téléphone, tu as des choses à dire ?

L’histoire c’est que en fait, au départ on a fait un premier concert au Centre Américain, donc on avait sorti un tract et tout ça et ils n’avaient pas de nom et Jean-Louis me dit, c’est pas possible pour toi et à la guitare il préférait louis, en plus Louis amenait Corinne, la bassiste, et il y avait aussi Lionel, alors en définitive, Jean-Louis a fait en sorte que ça se passe avec Louis, il avait cette fascination par rapport à Louis comme guitariste génial, donc sans qu’il y ait de nom c’est devenu Louis, Corinne et Jean-Louis au départ, Lionel s’est fait évincé parce que c’était le bassiste à la base, et moi je me suis fait évincé parce que j’était guitariste, Jean-Louis a resserré les boulons et a fait ce truc-là, donc nous on a fait la première partie au Centre Américain, avec un copain d’école, qui est mort du sida depuis, et qui a eu un enfant avec Enzo Enzo ; après ils ont trouvé le nom de Téléphone, moi j’ai fait un groupe qui s’appelait Diesel, avec un mec qui s’appelait Plume, ça commençait à prendre, on se connaissait pareil, du quartier, c’était des gens de Levallois, et avec Plume on s’est mis à bomber tout le périphérique, et à faire comme les tags qui n’existaient pas vraiment encore, j’avais pris ça de ma culture américaine et je leur avait dit : c’est comme ça qu’on fait.

Vous aviez utilisé le nom du groupe Diesel, comme un logo ?

Oui voilà, très logo, conceptuel quoi.

Tout se passe à un moment où les maisons de disques commencent à lorgner sur cette ébullition du rock français.

Il y eu Bijou qui était les premiers ; et en fait, nous on travaillait avec un éditeur qui s’appelait Jacques Woflson, qui s’occupait de Françoise Hardy, Dutronc, tout ça, un mec hyper important, il bossait avec François qui est devenu le manager de Téléphone, a qui il a présenté Philippe Constantin qui lui venait d’une école de commerce, il a signé les Pink Floyd en édition et s’est retrouvé avec plein de pognon, et le truc s’est monté comme ça par rapport à Téléphone, après comme je dis dans la chanson Valérie : « de ma misère solitaire à la vie militaire j’ai donné une journée et j’ai joué à la guerre, j’ai été confirmé débile et parano » ; il se trouve que j’avais fait des reports d’incorporation, au trois jours comme un con j’ai merdé, j’étais bon pour un an d’armée, bon là je me suis fourré de produits divers, ils m’ont pas gardé, j’ai été en HP, et quand je suis revenu dans notre appartement, avenue Frémiet, et que je suis revenu voir le groupe, François et Jean-Louis m’ont dit : on veut plus que tu habites dans l’appartement, et Diesel m’ont dit : on te vire du groupe ; parce que moi, tu vois, j’avais vu les Sex Pistols, j’étais hyper punk sans le savoir, eux jouais du Bob Seger bien propre, moi j’arrivais la gueule peinte en bleu, je me roulais par terre, j’escaladais les murs, alors que les autres étaient cadrés par une structure à la Wolfson.

Ça donne l’impression que chacun avait déjà une ligne tracée, et que tu étais encore dans cette envie de découverte, et encore d’initiation en fin de compte ; comme quelque chose qui n’était pas arrivé au bout de son processus.

Oui mais tu vois, en même temps j’ai rapproché les gens, et si je n’avais pas été l’énergie du truc, je pense que ça se serait pas fait, franchement ; et les mecs sont jamais sorti de leur chambre de bonne, de leur configuration ; moi j’ai apporté tout le côté hippie, contre-culture, François qui baignait aussi dans la contre-culture, et Corinne aussi était dans la contre-culture.

Une chose indéniable, c’est que tu as été l’initiateur de ces rencontres, c’est quelque chose qu’on ne peut pas t’enlever et qui doit être dit.

Et qui n’a jamais été dit ; du moins pas assez. Enfin bref… Pour moi être viré de l’appartement et de mon groupe en même temps, ça a été vraiment un coup de Trafalgar, mais bon, pour eux j’étais un junkie, déjà je me shootais, j’étais le mec incontrôlable ; entre-temps j’avais rencontré Violon, fan de Diesel et qui trouvait marrant que je me roule par terre pendant les concerts, et là j’avais plus rien, je vais chez une copine, Charlotte, qui plus tard a fait parti des Lou’s, dont j’ai été le premier mec et avec qui je suis resté un an, et là j’ai commencé à écrire mes premières chansons de Lili drop…

Ces événements ont donc été une impulsion, ça t’a obligé à rebondir sur quelque chose de totalement personnel. Et donc, Lili drop s’est vite mis en place ?

Le premier album de Téléphone était sorti, ils faisaient pas mal de concerts, donc c’est comme ça que j’ai rencontré Korin (future bassiste de Lili drop) qui était poursuiteuse pour le groupe, moi j’étais avec Charlotte et un peu avec Violon, et donc Charlotte a rencontré ce milieu de l’avenue Frémiet, moi j’y habitais plus dans cette maison mais j’y étais fourré tout le temps et si on y était pas fourré on était à Saint-Cloud, et puis Korin nous a apporté une autre tribu qui était dans une colocation à Montreuil, avec un local en dessous, une cave, Korin avait commencé la basse, et Violon avec qui je sortais, j’étais son premier mec aussi ; tu vois j’aimais bien les premières fois, à l’époque j’avais un côté genre très macho, j’avais dix-huit, dix-neuf ans, c’était je les prends je les déflore et en même temps après je les drague, elles sont pour moi, ça a un côté maquereau violent ; n’empêche qu’il y a eu cette maison à Montreuil, il y avait la cave, on répétait, évidemment à l’époque on se défonçait énormément, et Jean-Louis et Louis, c’est à peu près à cette période, pendant deux, trois ans où ils ont touché à la came, moi j’avais touché à la came à treize ans ; un jour on part avec Violon, Korin et un éclairagiste de Téléphone à San Sébastien, une ville du pays basque, parce que cet éclairagiste était basque, et dans le train je me souviens, El topo qui est un espèce de petit train qui va de le frontière française jusqu’à San Sébastien, c’est là qu’on s’est dit : on va trouver un nom, et a jailli le nom de Lili drop.

Tu as donné une définition du nom du groupe dans une interview, ou tu expliquais que Lili, c’était à la fois léger, drôle, féminin, et drop c’était pour poudre en verlan ; tu disais que c’était un nom ambigu et dangereux ; donc un choix très provocateur en définitif ?

Oui le côté à double tranchant, et en même temps trouver un nom qui ne soit pas comme Bijou, Trust, Téléphone, un nom composé tu vois, dans la veine Taxi girl, Edith nylon ; au départ le nom du groupe, c’était un pseudo pour moi, et puis c’est devenu le nom du groupe.

Au début de la formation initiale, vous n’êtes pas trois, il y a Lionel Lumbroso avec vous ?

C'est-à-dire qu’en fait, au départ, Korin essayait de faire aussi d’autres choses avec d’autres groupes, en plus de ses activités d’éclairagiste pour Téléphone, et Lionel pour moi c’était justement le mec avec qui ont avait flirté aux Etats-Unis, il faisait le lien car il était un vrai musicien, moi je me retrouvais avec des nanas qui ne savaient pas joué, donc Lionel c’était un socle où je pouvais m’appuyer, il m’a aidé énormément musicalement dans l’élaboration de Lili drop, du fait qu’il puisse répéter, qu’il était disponible, que je le connaissais bien…

Le concert du 3 mai 1979, en première partie de Téléphone à Nice ; penses-tu que ce soit le véritable acte de naissance du groupe ?

Oui, en fait c’est l’acte de naissance parce que dans la salle il y avait l’éditeur de Téléphone, Philippe Constantin, qui est mort depuis, et qui avait fondé une maison d’édition qui s’appelait Clouseau, en hommage à l’aviateur ; donc il était venu voir ce concert ; il se trouve qu’il y avait les Hells Angels de Nice qui nous jetaient des cailloux, car eux ils venaient voir Téléphone et ils se retrouvent avec Lili drop, deux petites nanas et moi, mais Philippe a complètement flashé sur le groupe, et donc en novembre ont signe avec le même éditeur que Téléphone, on fait Sur ma mob ; et d’ailleurs pour le refrain de cette chanson, je me suis servi d’une grille que m’avait montré Lionel, un classique de bossa nova, et moi j’ai fait un mixe de ça ; on a fait le truc avec Michel Eli qui était notre directeur artistique, et puis moi, ne me sentant pas à la hauteur pour toutes les guitares, j’ai appelé Louis, qui est donc venu faire une partie des guitares.  

Dès le début il y a un truc étonnant, ce sont les pochettes de Lili drop. On a l’impression pour chaque pochette que ce sont de véritables petites œuvres d’art, et sur ma mob, déjà, il y a ce que j’appellerai une marque de fabrique.

Alors la pochette on savait pas trop, et il se trouve que ma mère étant aussi artiste peintre et m’avait fait un montage avec du papier gommé, c’était super parce qu’en fait ils ont fait une repro du papier gommé, mais à l’origine c’était du papier doré, mais comme on était pas connu et qu’on avait pas de sou, tout le doré a disparu.

Dès le premier 45 tours ça a été très fort tout de suite, on sentait un groupe puissant, sauf que la promo, ça n’a pas été ça ?

Alors la promo, en fait, en édition avec Clouseau qui avait passé un deal avec Warner, mais à l’époque Warner était en train de se faire racheter par BMG, qui s’appelait Arabella pour la France, donc nous on en a souffert, car en plus il changeait de réseau de distributeur, et on s’est retrouvé en décembre, à noël, à faire Guy Lux, à monter dans les charts, et les gens pouvaient pas acheter le disque parce que la plupart du temps ils ne le trouvaient pas. 

Pierre Hurel devient le manager du groupe à ce moment-là ?

Il se trouve que Pierre Hurel habitait dans cette maison de Montreuil, avec son petit frère Nicolas, que Nicolas sortait avec Korin, que eux ensemble bossaient dans un autre groupe, et Pierre est devenu tout naturellement le manager ; après le premier 45 tours, la maison de disques nous pressait pour faire le premier album, j’avais des chansons que j’avais écrites chez Charlotte, donc j’avais matière à et puis je me souviens très bien que c’était place de l’étoile, j’ai dit à Pierre, dans ses délires hitlériens, enfin j’en sais rien mais je savais que ça collait plus avec Pierre, et en plus il y avait trop d’attaches du fait qu’il sortait avec Korin, donc je lui ai dit : je ne te veux plus comme manager ; et il se trouve que ma sœur se séparait du mec avec qui elle avait eu un enfant, dans les communautés hippies à Ibiza, Paulo, Jean-Paul Blanc, plus âgé que moi et dont je me sentais très proche, qui était pour moi un maître, et c’est lui qui a eu l’idée de la pochette de l’album ; je connaissais un super photographe qui faisait des photos de pub, donc on a enregistré l’album en Angleterre, et Jean-paul nous propose le concept pochette : d’un côté des femmes soumises mais en même temps de vraies tigresses, moi j’avais ce morceau Monde animal que j’avais, et ça correspondait à l’univers. En tous cas c’est vraiment lui qui nous a expliqué ce concept, ce recto, verso, d’un côté propre et l’autre non.

Pour le premier album Monde animal, les critiques sont élogieuses, mais les ventes n’ont pas suivies.

Au niveau de la maison de disques, on était encore dans la continuité de la restructuration, et puis tout était bloqué sur Téléphone, et aussi sur Trust qui émargeait, et Lili drop, finalement, n’avait pas d’identité propre. Téléphone c’était les Stones, Trust faisait du hard rock, Bijou du rockabilly, et si Lili Drop avait une apparence qui passait bien en télé dans les émissions de variété, ils ne savaient pas dans quel case nous fourrer.

Pour résumer, on peut dire que Lili Drop faisait tout simplement du Lili Drop ?

En effet ; et ensuite, donc, il y a eu une grosse tournée Monde animal, avec les premières parties de Téléphone, on avait croisé Starshooter, la maison de disques nous avait organisé pas mal de trucs, les premières parties d’Iggy Pop, de Talking Heads, maintenant on était dans la cour des grands et on bénéficiait du son, on faisait des tas de concerts et tout était bon à prendre.

Ensuite il y a le 45 tours Agent secret, matière énorme de précision mais qui hélas, n’a pas non plus marché.

Comme je connaissais une communauté indienne, musicalement j’y ai même mis un sitar, il y avait le producteur qui était un mec génial, j’avais une idée world music dans la tête, on se démarquait vraiment avec ce mélange de sitar, de sax, et puis les chœurs, mais bon, encore une fois notre identité devenait de plus en forte mais on ne correspondait pas aux schémas.

Des groupes comme Lili Drop, Starshooter et Taxi girl existaient vraiment grâce à la scène ?

En 1981, il commence à se créer pleins de lieux, MJC, Bordeaux où il y avait tous les groupes en ST, standards stalags, Toulouse aussi, où là il commençait vraiment à y avoir un mouvement français avec des échelons, nous un peu jalousé parce qu’on était les copains de Téléphone.      

Comment étiez-vous perçu justement, à cette époque, par les membres de Téléphone ?

Eh bien, ce n’est pas méchant mais le fait de nous prendre en première partie faisait qu’on était là pour essuyer les plâtres, t’es forcément frustré parce que tu joues seulement une demi-heure ; je pense qu’il y a eu une volonté, de Téléphone en particulier de nous cadrer, de nous tenir en laisse, on s’exprimait pas vraiment, on faisait les premières parties parce qu’il fallait qu’on tourne, on était potes, et qu’on a pas pu… voilà.

Ensuite c’est le départ de Korin ?

Oui, en fait elle ne sortait plus avec Nicolas, elle était avec Korto, un copain à moi de l’école dont elle était enceinte.

Donc l’enregistrement du deuxième album s’est fait dans l’urgence ?

On avait plus de bassiste alors qu’on avait déjà loué les studios, et Valérie Lagrange tournait avec un groupe, les ex Ruts avec lesquels on a fait N, le deuxième album ; et il se trouve que le bassiste, Segs, a flashé sur Violon…

Et pour la tournée tu as recruté des musiciens car les Ruts ne pouvaient pas tourner avec vous ?       

Oui, il y avait Léo la bassiste, et j’ai fait appel à Plume pour les percussions puisque Diesel n’existait plus, Mahu que je connaissais d’Higelin, et Cat.

Donc, pas mal de concerts et ça continue à fonctionner ; et au niveau de l’accueil public ?

De mon point de vue on avait toujours un super accueil du public, peut-être que j’occulte mais ça se passait toujours bien les concerts, toujours à l’arraché mais toujours bien ; ça dépendait surtout de mon état ; si j’étais trop bourré ou trop défoncé, c’était un mauvais concert parce que j’étais le leader et que je n‘étais pas à la hauteur du truc ; le groupe pâtissait beaucoup de mes mauvaises humeurs, parce qu’en fait, moi, je n’avais plus le contrôle comme je l’avais à la base de Lili Drop, c’était devenu une machine qui tournait avec un manager à la gestion et je me retrouvais chef d’entreprise d’un truc que je ne maîtrisais pas.

N sort, avec de bonnes critiques et pourtant il y a eu une véritable absence de promo ?

Pas de clips, pas de radio ; en fait il y a eu un barrage, des choix, le milieu du showbiz n’était pas si gros que ça, avec N on était encore un peu plus borderline…

Ensuite il y a un dernier 45 tours, Tartine Breakfast ?

C’était déjà la fin du groupe, finalement.

Ce qui est étonnant parce que celui-là est pas mal passé en radio et s’est plutôt bien vendu.

Bizarrement je me suis retrouvé tout seul parce que Violon était tombé amoureuse de Segs, vraiment très seul par rapport à tout ce groupe à gérer, je comprenais rien alors Tartine, c’est vraiment moi avec tous ces problèmes là, je me retrouve rue Condorcet, le matin, après avoir passé la nuit en boîte, en me disant c’est ce qui te reste tu vois, ta tartine et ton chocolat, et après il y a eu un troisième couplet qui disait : vous allez tous travailler et moi je vais me coucher ; et puis c’était une forme d’adieu.

Avec une face B qui s’appelait Mauvaise copie.

Oui, c’était un truc qui représentait bien que j’étais un clown, mal vécu de la part des autres, et pour bien expliquer que je n’étais pas une Mauvaise copie

La fin de Lili Drop, c’est le concert du printemps de bourges en 1983 ?

C’est vrai que j’étais un jour bien, un jour pas bien, plutôt de plus en plus mal par rapport au groupe, je me défonçais tout le temps, je sortais tous les soirs, j’avais pas de problème d’argent, alors je me suis retrouvé un peu seul, rock star mal aimé, jalousé, incompris, ce que j’ai cherché certainement, et là, ça a été la goutte qui fait débordé le vase, je suis arrivé deux heures en retard, on se donnait rendez-vous à Châtelet pour partir en voiture ensemble, j’étais pas à l’heure, je suis arrivé complètement défoncé, et ce que j’ai pas compris c’est la réaction de Jean-Paul Blanc. Donc Paulo - mais bon, il y avait toute la pression de la maison de disques, on jouait sur la grande scène devant 5000 personnes - n'a pas dit : Olive n’est pas capable de le faire, voilà on annule, il a une extinction de voix, etc. Au lieu de cela, le concert on l'a fait alors que j’étais pas capable de le faire, j’étais juste capable de rester dans ma chambre d’hôtel ; je pense que lui, il a pas gérer, il a pas su dire : on annule, ça nous aurait peut-être servi ; avec le recul, le fait de monter sur scène… il y avait une liste de morceaux, les musiciens commence le morceau, moi j’en fait un autre, je me suis battu avec le public, on m’a raconté, j’étais toujours très punk, agressif au point que si un mec me faisait chier, celui qui m’emmerdait je posais ma guitare et je lui sautais dessus ; donc c’était la catastrophe, mais bon, les choses étaient pliées avant, en tant que capitaine j’ai coulé le truc et en plus pas… pas comme ça dans les coulisses mais en direct, sur scène.

Du sabordage en direct, donc. En même temps ça n’est pas très étonnant…

Non, en effet ça n’est pas étonnant ; pour moi c’était une question d’honnêteté.

Après il y a l’aventure Paul Collins, en 84, avec qui tu as travaillé, parenthèse un peu complexe. La tournée en Espagne se passe bien, mais ensuite en France les gens te voit et réclame du Lili drop…

Ah oui, alors du coup c’était : tu bouges pas de là, tu te fais tout petit, ce que je suis incapable de faire, problème d’ego et ça s’est mal terminé, et ce que je n’ai pas apprécié c’est que je lui avais amené les musiciens puisqu’il n’avait que son bassiste, alors j’avais mis Plume à la batterie, Rodolphe au piano, c’est que eux, ils étaient tellement arrivistes qu’ils ont pris le parti de rester et donc je me suis fait jeter, une fois de plus, j’avais absolument personne pour me récupérer.

Donc une période pas évidente. Il y a quand même, toujours la même année, ton apparition au concert de Taxi Girl lors de la fête de la musique, à la Bastille, une apparition marquante, et une superbe reprise improvisée du morceau Paris, en compagnie de Daniel Darc.

Si tu veux moi j’étais là, pour moi les fêtes de la musique c’était, je prends ma guitare et je sors dans la rue.

Tout s’est fait avec le plus grand hasard ?

Oui, voilà. On savait pas que j’allais joué deux secondes avant, je monte sur scène comme ça, et Daniel je le connaissais du Rose bonbon, je savais et lui aussi, qu’on avait une affinité artistique… je sais pas, ça s’est fait comme ça.

En tous les cas, ça laisse entendre qu’il existe une trace entre deux individus qui avaient quelque chose à se dire…

Le fait que c’est resté, c’est parce que c’était sincère et complètement spontané, et que ça correspondait au même moment au même truc, lui dans son histoire et moi dans la mienne, et puis voilà.

Après il faut attendre un long moment avant de te voir revenir avec un 45 tours en 1985, pour lequel j’hésite à dire Beaux bronzés puisque ça devait être Chromosomix la face A ?

Oui, censuré par la maison de disques, Virgin. Il se trouve que ce long moment pour moi ça a été une chute dans la défonce, et en plus je me suis acoquiné avec des gangsters, et j’ai fini en prison, j’ai fait deux mois, j’étais parti pour les assises puisque j’étais avec des gangsters qui braquaient des banques, le pote en question, j’espère qu’il va être au concert, il est directeur d’édition maintenant ; et en fait j’avais rencontré ce mec aux Bains douches, il était parti pour la prison et je lui avait dit, quand tu sors on se voit, seulement lui il était dans le collimateur des flics, et finalement moi aussi je me suis retrouvé en prison et là, ça a été comme un traînée de poudre, c’était : putain Olive est en prison, et là, je recevais beaucoup de lettres, j’avais un courrier monumental, et en sortant Richard, le batteur de Téléphone qui lui, sait l’importance que j’ai pu avoir dans tout ça, et qui avait aussi les moyens, a dit : maintenant je vais faire une maison de prod, KOD, et je vais te produire, et on a fait Chromosomix et Beaux Bronzés.

Bon, en tous les cas le disque n’a pas marché…

Ça s’est sûr !

Et il faut attendre un petit moment – 1987 – avant le suivant…

Oui, on a remis le couvert, on a été aux studios Garage et on a fait : 1+1 et Vague à l’âme ; là ils m’ont pas fait chié, 1+1 c’était le single ; c’était fait pour être un single dont la musique n’est pas de moi mais de Christian Brun, qui va jouer avec la formation Lili Drop du 15 juin.

Très belle pochette, comme celle de Beaux bronzés d’ailleurs, on a vraiment l’impression dans ces cas-là, quand on achète le disque, de recevoir un cadeau…

Oui, je ne sais pas, mais en tous les cas j’attachais beaucoup d’importance au visuel ; mais c’est pareil, nous quand on allait dans les bacs de vynils, il y avait pleins de groupes qu’on ne connaissait pas et le seul truc qui nous parlait, c’était la pochette. Le concept devait alors correspondre au contenant et au sens de l’historique du personnage, ou du groupe.

Après en 88, il y a eu un concert sous le nom de Lili drop ?

Justement, avec mon copain qui m’a fait plongé, on a refait un reload de Lili drop, avec des musiciens que je suis en train de retrouver, on avait fait aussi mes morceaux, les deux 45 tours, et quelques titres du futur album.

Le futur album, c’est en 1990, tu l’as appelé Ouf, et franchement tu as eu raison de l’appeler comme ça, tant on se demandait quand tu allais le sortir…

Et puis il y avait l’ambiguïté du Ouf, t’es fou, et puis en même temps ouf un peu de soulagement ; par contre la photo de base Jean-Guy, qui avait fait celle de 1+1 était superbe à l’origine, et ce qu’en a fait le maquettiste avec ces couleurs machins, ça j’aime pas mais j’ai eu aucun contrôle et le clip qui est passé un peu en rotation sur M6, avec Retour à l’envoyeur, qui pour moi n’était pas le single qu’il fallait sortir, enfin le clip, je ne voulais pas de ça, moi je voulais un espèce de truc en noir et blanc comme la Mano Negra, tu vois une espèce d’histoire racontée même avec des bouts de ficelle, mais je voulais pas du tout un truc comme ça, je suis pas du tout d’accord avec le clip, ni avec la pochette tel qu’elle est sortie. Moi je pense qu’il aurait fallu sortir Vivant ; maintenant avec le recul je peux te le dire ; et : Vivant ce sera le deuxième rappel pour le 15 juin.

Après cet album ?

On fait une tournée en première partie de Dave Stewart ; parce que l’un des producteurs de cet album, c’était Alias, qui avait une boite et qui a cru beaucoup en moi, qui m’a aidé en sortant de prison parce que j’avais plus rien, comme d’habitude, il a fallu que je rebondisse et puis je n’ai rien demandé et les choses sont arrivés, comme d’habitude, et lui en tant que tourneur, il m’a casé en première partie de Dave Stewart, qui m’a beaucoup apprécié, j’ai un mot de lui d’ailleurs, et donc là il y avait Christian à la guitare, on a remonté un groupe, et donc en même temps il y a eu pas mal de merde, la rotation sur M6 minable, pas de retour radios, donc la prod a dit on arrête ; ça leur a coûté une fortune pour rien, et plutôt que de rebondir ; et puis moi j’avais rencontré ma future femme, seulement j’étais toujours dans la came, c’est vrai que j’ai toujours un artiste, enfin un artiste, disons un mec hautement difficile à gérer, un jour ça va être génial et puis le lendemain ça va être à chier, il sera pas là, grosse réputation du mec qui dit : oui, bien sûr, d’accord, et qui sera pas là le lendemain, mes petits plaisirs avant, la came…

Et puis un ego difficile à gérer en fait ?

D’abord pour moi et puis du coup aussi pour les autres ; je suis le centre d’un truc, donc je le place comme ça, alors après si je ne suis pas dans le plus, si je trouve dans le moins, alors tout le monde va dans le moins ; tu vois donc, c’est égotiste, c’est même fasciste, c’est genre : c’est moi qui décide et pas vous, j’ai toujours agi comme cela, si tu veux mon dernier recours c’était de me dire ; bon si je ne suis pas là, ils sont tous dans la merde parce que ils bectent tous dans mon abreuvoir et l’abreuvoir c’est moi qui l’ai construit, maintenant si moi je ne suis plus là, vous êtes bien dans la merde, et je vous encule ; je vous mets un doigt ; et voilà.

Tu as toujours eu aussi un rapport difficile avec les maisons de disques ?

Je subissais tous ces trucs-là ; et ce que j’ai pas compris c’est que, le fait de faire l’album Ouf, c’était que des gens qui voulaient vraiment essayer de m’aider, un peu comme aujourd’hui, un truc que je comprends mieux, et que les mains qu’on me tendaient, moi j’agissais toujours pareil en disant, putain c’est ces enculés de maisons de disques,

Finalement c’était peut-être aussi parce que c’était la première fois, et tu n’avais pas assez de recul pour t’en rendre compte, qu’on te venait véritablement en aide ?

Finalement oui ; et en ce moment - et cette fois-ci je le comprends - c’est la deuxième fois.

Après l’album ce n’est pas un passage à vide, c’est toi a décidé de prendre du recul ?

Oui, il se trouve que je me suis marié, que j’en ai eu marre de prendre de la dope et que j’ai commencé à prendre de la méthadone, que ma femme est tombée enceinte, je voulais même plus qu’on m’appelle Olive, je voulais absolument plus entendre parler de tout ça, j’avais un enfant et j’étais parti dans le sud ouest, élever mon enfant, essayer de construire quelque chose de différent, un retour à la terre enfin tu vois, d’essayer de fuir les représentations et frustrations dans lesquels je me trouvais, du fait que j’ai jamais été reconnu, du rôle que j’ai pu jouer pour Téléphone, ni des retours affectifs, matériaux, ce n’est un échec mais finalement tout ça me mettait au plan nocif, et la chanson Vague à l’âme justement c’est ça.

Ensuite, on retrouve ton nom associé à Jad Wio qui reprend Vivant ; une belle reprise.

J’ai beaucoup de respect pour Jad Wio et pour cette version que j’adore.

C’est un morceau qui compte beaucoup pour toi ?

Oui, comme je suis séropositif, que j’ai tant d’amis qui sont morts, quelque part j’ai une pulsion de vie énorme ; je suis dans le deuxième degré de le connotation judéo chrétienne, Notre père qui êtes aux cieux, d’ailleurs qui a été un peu réécrit par Denis (Bortek, le chanteur de Jad Wio), car moi c’était complètement du premier degré et c’était dans le fait de la chanter que ça devenait un deuxième degré, et on était là à réécrire la chanson, pour le sida, et : Notre père qui êtes odieux, enfin Denis était plus dans la réaction de quelque chose de spirituel, qui ne t’aide pas alors qu’en fait c’est aide-toi toi même, et moi je le récitais comme un récitatif de Notre père à chaque fois, le contraste c’est : eh bien voilà, moi je suis vivant, maintenant pourquoi, comment, je ne sais pas ; je reviens toujours à ce truc récitatif  de la prière mais je ne me suis pas permis de changer même un mot de la prière de Notre père, alors que Jad Wio, sa relecture était plus dans le but de détourner la prière.

Et après donc, voilà on est en 2005, on est à Paris tu es revenu du sud.

Oui, je suis en instance de divorce d’avec ma femme, j’ai un petit garçon de huit ans et demi  que j’aime énormément, ma femme aussi donc je suis obligé de faire un deuil là-dessus ; en plus je me retrouve à Paris sans une tune, clodo, disons que c’est le suicide où tu te relèves une fois de plus…             

Sauf que cette fois-ci tu en es totalement conscient, non seulement du fait qu’il faut rebondir mais que ça peut être quelque chose d’extrêmement bénéfique, quelque chose qui peut se produire maintenant, ça existe pleinement et tu es en plein dedans ; tu n’es pas à côté ; ce centre, tu l’a peut-être un peu bousculé ; et donc reformer Lili drop, c’est quelque chose qui est venu naturellement ?

Non, en fait, c’est le tourneur, Natha, qui m’a dit : moi je te propose de refaire Lili drop pour un coup comme ça mais ce n’est pas de mon fait ; moi je n’aurai pas penser à revisiter Lili drop ; il y a des morceaux comme T’oublier ou Expresso que j’ai toujours fait, que j’ai toujours chanté ; mais tout le reste je ne l’ai jamais rejoué.

C’est donc une redécouverte totale.

Oui ; je les redécouvre moi-même ; je me disais c’est hyper simple, et là, je travaille pour le concert et je m’aperçois que c’est beaucoup de finesse, tout ce qu’a pu apporter Violon, Korin sur le premier album, Segs sur le deuxième album, les différents producteurs, en fait tout ça c’est une alchimie et il y a beaucoup de boulot, même si les choses apparaissent simples, il y a beaucoup de travail.

J’ai tout de même l’impression que cette reformation arrive au bon moment ; et que même si ce ne sera que le temps d’un concert, on ne sait pas ce qu’il y aura après, elle arrive à temps pour rebondir et faire le point.

Moi je crois que le point je suis en train de faire, ce rassemblement de bonnes énergies, c’est en ce moment que ça se passe et moi je suis le récepteur, tu vois il y a des gens qui m’appelle, et je suis le réceptacle de toutes ces bonnes volontés, de toute cette conjonction finalement, de ce qu'il s’est passé, et dont on vient de parler, donc à moi de gérer tout ça, et c’est là aussi que c’est difficile mais ce n’est pas insurmontable, parce que il y a forcément énormément de

Commentaires (7)

1. sam 17/10/2007

encore un jeune détruit trop tôt par la drogue et l'alcool !

2. marianne 10/04/2006

Mon premier joint, premier accident de moto, premier voyage sans billet, mes premieres conneries,premiere révolte (on venait d'annuler le concert de F.Zappa, ma premiere amitiée...., premier incendie....tu venais me chercher au bahut, j'ai tres vite abandonné mes études, tu es et restera mon ami d'enfance....bisou Olivier où que tu sois

3. Eric 18/02/2006

Retour à l'envoyeur....quel dommage ! J'ai vu Olive en 1ére partie de Dave Stewart au Chat Bleu à Bordaux en 1991...c'était du rock bien dans l'esprit !!! Salut l'artiste et que maintenant retentissent les cloches de l'enfer !!!

4. DJEMI 21/01/2006

REPOSE EN PAIX

5. Chris...tof 31/07/2005

qu'elle impresionnante aventure tout de même ! assez ouf!
merci pour ce récit, cet entretien..

j'ai connu Lili Drop en enregistrant "tartine breakfast" sur radio 7 (une super radio !)
Je garde un truc assez incroyable (quelque chose de particulier qui m'a fais vibrer)ce 15 juin au point éphémère, le concert, l'ambiance, la proximité, la simplicité, le rock vrai sans complexité, le lieu, et les personnes que je connais qui y étaient...
Merci à tout les acteurs de cette aventure, et à ceux qui en rapportent des images, des anecdotes et du partage.
Chris...tof

6. david 17/07/2005

il y a peu de temps j'ai parlé par hazard de Olive et ses morceaux dont j'ai adoré, pas de nouvelles depuis des années. Cela donc me fait super plaisir de voir rebondir, de revenir. Enfin de la chanson qui en envoit. Encore merci pour cet article.

7. emma 12/07/2005

Carlos ,inspire toi de cet article au lieu d'écrire n'importe quoi.

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