Chronique monde animal best n°144

BEST n°144 / juillet 1980

 

LILI DROP 

« MONDE ANIMAL »

(Arabella. Eurodisc 200-147)

  

Quel brelan ce groupe ! Qui pourrait croire qu’un garçon associé à deux filles n’est pas chimiquement influencé par elles, sinon dans l’écriture de ses chansons, du moins dans leur conception ? Car les textes sont tous signés par Olivier qui tient la guitare et qui chante. Drôle d’oiseau, Olive ! On le disait très proche de Téléphone, on sous-entendait donc qu’il pondrait du Téléphone, en moins bien naturellement. Logique hâtive, coincée, bidon. Déjà « Sur ma mob » ne devait pas grand chose à « Faits divers » où « Hygiaphone ». D’abord parce qu’Olive décrit de l’intérieur : il était sur sa mob, et maintenant c’est lui qui râle parce qu’alentour, trop de ses copains l’horripilent à force de conformisme snob (« Banal ») ; c’est lui qui en a marre des pièges tendus à ceux qui bougent (« Le singe ») ; c’est lui qui sent la violence des rapports amoureux (« Monde animal ») ; et c’est lui qui peste de désespérance face aux merdiques solutions communément proposées (« Foutoir »).Ces textes-là brillent d’une acuité, d’une originalité vorace. pas tout l’album, mais il l’éclaire, et c’est bien ça qui promet. Les mélodies aussi sont d’Olive, mais je ne peux m’empêcher de sentir que la musique,d ans son ensemble, est des trois. Violaine et Korin, c’est pas la section rythmique de Van Halen, c’est comme un chuchotement qui se serait amplifié, décanté, tendu au point de lancer ou de retenir les élans de la guitare. Tous les morceaux sont subtils, tous portent la marque d’une correspondance organique particulière. Quand Lili Drop s’arrache, la correspondance est batailleuse et nous donne des rocks plus vifs et plus charnels que ceux de n’importe qui d’autre en France. (Les quatre chansons déjà citées en témoignent, ça fait 4 petites perles). Autrement, quand la correspondance tâtonne, la musique s’étiole un peu. Mais « Clean magic », « Valérie » et « Speedoux » grandiront sur scène : il ne leur manque qu’un brin de puissance. Quant à « Oui oui oui », alors là, c’est l’extase : le premier conte érotique du rock français. En fait, la chair et le sang de Lili Drop. Leurs allumeuses cabrioles n’ont pas fini de nous embraser.

 

François Ducray       

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